L'histoire des sages-femmes avorteuses en France et en Europe :
Dans l’antiquité, les sages femmes "Obstetrix" étaient référentes de la santé des femmes. Leur pratique comprenait l’obstétrique mais aussi la gynécologie. Il était également courant de faire appel aux sages-femmes pour obtenir des soins d’avortement. Elles utilisaient des méthodes mécaniques à base de tissus, de plantes ou d'éponges insérés dans le vagin
. Ce fut l'émergence de la contraception et de l'avortement. Elephantis, sage femme grecque était connue pour ses remèdes abortifs. Les sages-femmes romaines disposaient de curettes dans leurs instruments courants pour provoquer des avortements.
Les premiers siècles de notre ère sont mal documentés concernant les connaissances médicales.
Au Moyen-Age, on attribua à ces femmes le nom de "matrones", confidentes, accompagnant aussi bien la naissance que la contraception et l'avortement. Au 15ème siècle, les procès en sorcellerie débutent et se développent majoritairement au 16ème et 17ème siècle. La majeure partie des sorcières était en réalité des sages-femmes et autres guérisseuses. Elles étaient accusées d’avortement notamment, pourchassées, pendues ou brûlées vives car elles détenaient une pharmacopée
et des savoirs ancestraux.
Sage-femme signifie d'ailleurs "savoir sur les femmes"; "sage" étant un dérivé du latin "sapiens".
A la fin du 17ème siècle, en France, le gouvernement prend conscience que les sages-femmes ont la possibilité de fournir des moyens de diminuer la fécondité et d’avorter. C’est à cette période que les institutions que sont l’Eglise et l’Etat, vont peu à peu encadrer et surveiller la profession en s’aidant des médecins qui y trouvent un intérêt en se débarrassant de la concurrence que représente pour eux les accoucheuses. Ainsi en 1802, la 1ère école de sages-femmes s’ouvre. L’exercice des sages-femmes est alors restreint à « l’art des accouchements. » puis on leur interdit l’usage des « instruments. »
Au cours du 19ème et 20ème siècle, les sages-femmes seront au cœur de plusieurs réformes afin de prohiber leur participation aux avortements. Au fur et à mesure que leurs compétences médicales s’amenuisent, leur rôle moral s’élargit. De cette manière, les repopulateurs cherchent à ce que les sages femmes diffusent des idées en faveur de la maternité. C’est toujours dans le but d’éloigner la sage-femme de l’avortement qu’il leur est interdit de donner des soins pour "fausse-couche".
Dès les années 1930, conscientes des conséquences défavorables, les organisations syndicales de sages-femmes de France témoignent leur intention de voir disparaître cette image des « sages-femmes avorteuses ». Même si la pression des autorités supérieures sur les sages-femmes est forte, il est difficile de savoir à quel point leur attitude a été plus moralisatrice.
En 1975, la loi Veil éloigne les sages-femmes de la pratique de l’IVG mais lui accorde un rôle d’accompagnement social et psychologique.
Alors que le code de la santé publique stipule que la profession de sage-femme est une profession médicale et autonome
,
son champ de compétences s'élargit à la réalisation du suivi gynécologique de prévention en 2009.
Il faudra attendre 2016 pour que les sages femmes puissent à nouveau pratiquer des avortements pour la méthode médicamenteuse et 2024 pour la méthode instrumentale.
En 2024, les sages femmes libérales ont réalisé plus de la moitié des IVG médicamenteuses de ville (52%, contre 22% réalisées par les médecins généralistes et 26% par les gynécologues).
Le métier de sage-femme ne s'est jamais résumé à la pratique de l'accouchement. Il est actuellement en première ligne dans l'accompagnement global de la santé génésique.
L'avortement est un soin primaire qui fait partie de la vie.
